Scheda

Data: 29 01 1869

Mittente: Mussini Luigi

Luogo Mittente: Siena

Destinatario: Stürler Adolphe

Luogo Destinatario: s.l.

Tipo Documento: Lettera

Trascrizione: Le petit mot de vous que m’a remis M. Hallé n’a fait qu’ajouter au désir que j’avais de ne pas trop tarder à vous remercier de votre bonne lettre du 24 novembre dernier. Avec cela que j’ai eu le novembre grand plaisir à connaître votre ami et à causer longuement avec lui comme nous l’avons fait de vous, de votre petite famille, et de vos travaux. C’est un charmant garçon qui ne parait être ni trop Anglais, ni tout à fait français, un de ces moyen terme qui sont les meilleurs quand l’alliage se fait par les meilleurs côtés, comme c’est le cas de monsieur Hallé. Il m’a parlé de notre Nymphe Aréthuse, comme d’une oeuvre tout-à-fait élancé par le caractére et le style. Il m’a parlé de certain paysage lui servant de fond, comme étant du plus grand caractére. Il est si beau de causer de nos amis avec ceux qui les ont vis recemment. Ce sera son tour de vous parler de ma peinture. Vous saurez ainsi que j’étais parfaitement dans vos idées relativement au seul genre de tableaux possibles, les tableaux de chevalet. J’avais en effet en train depuis quelques mois un petit tableau d’un 1.50 cm., sur 1.20. Un sujet grec, nullement héroïque, une scène de famiglia, le Spartiate qui fait enivrer un esclave pour montrer à son fils les vilains effets de l’ivroignerie. Pour quel public? que sais-je? il suffit que ce ne soit pas un public italien. Vous voyez que j’accepte toutes vos idées et vos excellentes conseils. Si ce n’est que d’envoyer un tableau chercher fortune sans l’appui de son auteur est le plus souvent une triste affaire. Car il commence par être mal placé à l’exposition par la seule raison que les absent ont toujours tort.Un journal italien dit «Chi vuole, vada; chi non vuole, mandi. Et cela est vrai de bien de façons. Merci des bonnes paroles que vous m’adressez au sujet de mon tableau d’autel, et surtout des critiques (trop modérées sans doute) que vous me faites. Je dois aussi à la beinvellance de monsieur Delaborde des paroles tout aussi encourageantes et d’excellentes critiques. Du reste il a été de tout temps pour moi de la plus parfaite bienveillance et quand à son talent comme écrivain, comme critique, il est de ceux qui remplissent une véritable mission. Dirons-nous qu’ils ne font que persuader les gens déjà convaincus et que les autres leur tournent les dos avec dédain? Je crois que cela n’est vrai que jusqu’à un certain point, et je ne laisse pas de faire des voeux pour que mon pays possède au plus tôt (car il y a urgence) des critiques, des écrivains – un seul même – qui aient la valeur et l’autorité de monsieur Delaborde. C’est encore par effet de sa bonté à mon égard qu’il s’exprime comme il fait sur mon esprit en langue française, et vous même, quand vous me parlez de mes charmantes épîtres, vous m’embarassez singulièrement. Sur ce terrain-là, si je m’y hasardais jamais, je serais avec vous terriblement dans mes petits souliers. Mais je vois trop que mon fort a toujours été le bons sens et la logique à outrance, avec quoi il est plus aisé de faire un pédant qu’un homme d’ésprit. Aussi tout mon esprit se borne à me garer d’être un pédant. D’ailleurs je vous écris au courant de la plûme, lasciando correre les solécismes et les tournures par trop italiennes, sachant bien que vous m’en passeriez bien d’autres! Là où je ne crainds pas me mesurer avec vous, mon ami, et où je n’en doute pas, aucun de nous n’a le dessus, c’est à l’endroit du coeur, de l’affection mutuelle, de la bonne et vielle amitié qui nous lie. Vous souvenez-vous quand je descendais à votre atelier, y pénétrant même, parfois, indiscretamente par la fênetre? Eh! bien! c’est là que vous m’avez dit: regardez donc et regardez bien nos vieux maîtres. Je les ai regardés, tout commençant que j’étais, et je les ai aimés...et vous avec eux. Et voilà une déclaration qui en vaut bien d’autres, mias qui est bien superflue, j’éspere. N’importe –il qu’on se veut– Rappelez-moi au bon souvenir de madame Stürler e i miei saluti cordiali à monsieur Hallé, s’il est à Versaille. Et tout à vous de coeur. Luigi Mussini. 29 janvier 1869

Collocazione: Copialettere, collezione privata

Bibliografia: Epistolario 1893, pp. 166-168; Spalletti 1994, p. 378 note 18, 24