Data: 5 04 1870
Mittente: Mussini Luigi
Luogo Mittente: Siena
Destinatario: Gatteaux Jacques Edouard
Luogo Destinatario: [Parigi]
Tipo Documento: Lettera
Trascrizione: Mon cher monsieur, j’ai pû aussi dans le mois de Mars me remettre sérieusement à travailler; et en attendant que je puisse mettre en train un ouvrage plus important, j’ai songé à faire un petit tableau avec intention de le produire à une grande exposition italienne des beaux-arts qui aura lieu en la ville de Parme en septembre prochaine. Quand j’ai en dessiné cela sur ma toile d’aprés mes études, j’ai crû utile d’en tirer la photographie avant de mettre la brasse defens, enfin de conserver ainsi un point de départ, une espéce de carton. J’en profite pour avoir votre avis sur cette Idylle où je m’applique à rendre l’innocence de cet amour naissant de deux enfants si naïvement décrit pas Longus. J’apelle cela Le Jugement de Chloé. Elle doit juger le quel de Daphnis et le Dorcon est le plus beau: un baiser sera le prix, et elle le donne à Daphnis. Les deux amants sont tous aussi innocents l’un que l’autre; aussi Chloé ne doute pas de poser ses petits mains sur les genoux du berger, qui de son côté, timide, craintif, est plein de respect pour l’objet de son culte. Dorcon lui n’est pas content et voudrait ne rien voir. Mes figures étant de même grandeur qu’en mon dernier tableau, ma toile est de moindre dimension. Je voudrais avec ce tableau me répresenter à notre public italien déjà à peu-prés revenue à moi depuis l’heureuse issue de ma petite campagne artistique à Paris. Vous le voyez, cher monsieur, je vous dois beaucoup de toute façon, et les effets de votre appui et de votre bonne amitié se font sentir ici, et feront que mes chers compatriotes me pardonneront ce titre de puriste dont ils m’avaient gratifié autrefois avec bienveillance pour m’en faire reproche maintenant que nous avons changé tout cela. Sayez donc assez bon pour ni pas m’épargner vos critiques. C’est à present qu’elles me seront le plus utiles, car je n’en suis qu’à l’ébouche. Je voudrais en ce tableau faire ce pas, ce progrés que nous rêvons chaque fois que nous mettons un nouvel ouvrage sur le métier, et qu’il est si difficile, hélas! De réaliser. Il me sera doux de vous savoir quelques chose même de ce côté; comme je dois à la sympathie que m’ont témoigné mes chers et dignes confrères de l’académie de me sentir comme obligé de faire mieux et de justifier en mon pays l’honneur que j’ai de leur appartenir. Aussi je me reproche maintenant de vous avoir exprimé des aspirations trop ambitieus dans une de mes dernières lettres. Au moins sais-je m’appliquer de toutes mes forces à me faire pardonner. Mes figures ne sont jusq’ici tracés que d’aprés de premiers croqueés d’après nature, et la forme du morceau devra être interiement revisée lors de l’éxécution d’aprés le modéle. Mais j’ai vous assez parlé de mon Idylle. J’espére tout-de même lui avoir un petit mot de vous qui m’apprendra que vous avez bien traversé ce rude et interminable hiver, et que vous êtez tout aussi prospéré que je vous ai laissé. Chez nous il fait encore presq’aussi froid qu’en Janvier. Mes chères enfants ont grâce à Dieu conservé toute leur bonne santé, c’est deux boutons de rose, et bonnes vives, intelligents, en tout le portrait de cet ange qui n’est plus, leur adorable mère. Aussi font elles tout mon bonheur. Auriez-vous la bonté de me rappeler au souvenir de nos amis Baltard et Dumas, et de remercier pour moi monsieur Beulé des termes si honorables avec les quels en sa qualité de secretaire perpetuel de l’académie il m’a écrit au sujet de ma petite notice? C’est vers le 20 février que j’ai remis à la légation française à Florence le pli contenant les photographies à l’adresse de monsieur Baltard. J’espère qu’il l’aura reçu. J’ai été tenté de vous envoyer en même temps des dessins d’aprés les signorelli d’Orvieto fait par un de mes élèves; mais je n’étant satisfait ni du dessin ni du choix des sujet er figures. Mais dans la bonne saison il me sera aisé de vous offrir quelques chose de mieux d’aprés ce maître fierissimo. Je dois vous prier, cher monsieur Gatteaux de me perdonner la longuer de cette lettre d’ailleurs si peu interessant. Du reste les nouvelles artistiques dignes de remarque font complétement défaut. Aussi n’ai-je qu’une chose bien vieille à vous dire, l’expression du sentiment d’affection, d’estime et de gratitude de votre tout dévoué Luigi Mussini. Sienne 5 avril 1870
Collocazione: Copialettere, collezione privata
Bibliografia: Inedita