Scheda

Data: 26 04 1870

Mittente: Mussini Luigi

Luogo Mittente: Siena

Destinatario: Stürler Adolphe

Luogo Destinatario: s.l.

Tipo Documento: Lettera

Trascrizione: Cher ami, je fais comme toi, je te répond au reçu de ta lettre, et j’ai tort car il faudrait de laisser le tems de réfléchir surtout quand l’impression reçue a été des plus pénibles. A tes critiques, à ton blâme même je lui ai toujours fait accueil. Je suis souvent allé au devant, temoin mon récent appel. Mais quand cette critique, ce blâme emploie le sarcasme et le ridicule, permets-moi de te dire qu’il dépasse son but. La critique n’attend que l’oeuvre, le ridicule atteind la personnalitè de l’auteurs. Madame Stürler l’avait senti avec son intime délicat de femme. Mais l’esprit français, quand il se grise, il n’a plus d’entrailles et sacrifierait père et mère sous le coup acéré d’une saillie méutriére. Tu souffres de ce mal mon pauvre ami et ton bon coeur n’est guére en garde contre les tentations du malin esprit. Dis-moi, à quoi bon mettre en scéne ton bonnetier, est-ce pour lui attribuer les qualites qui ne jouaient en ce moment dans ton esprit? mais ne vois-tu pas que ce bonnetier semble n’être là que pour me prouver comme quoi le premier épicier venu serait bien capable de voir que ma composition est absurde, ridicule avec son bonjour Japonais & qu’elle pèche par la ligne, par le sentiment et par le bon sens le plus banal. Est-ce ma faute si ton bonnetier et ses persislage m’ont froissé? Mais comme je rends justices à ton intention je te dirai bien simplement que j’accepte bon nombre de tes remarques. Seulement, vû qu’un sujet donné peut être conçu et rendu par les moyens les plus divers, et que vingt artistes de mérite qui l’aborderaient nous donneraient vingt compositions très differentes. Je crois qu’on aurait tort on jugeant une compositions de commençant par se dire: comment ferais je cela moi? or je crois que tu as souvent ce tort là. Ainsi tu voudrais des prairies là où j’aime de l’ombre et des montagnes. De telle préférences ne sauraient se discuter. C’est pour dire que la critique qui en arrive à ceci: recommencez autre chose; est celle qui substitue sa propre conception à celle qu’elle devrait amender. Encore une critique de ta critique. J’ai ta lettre depuis un quart d’heure dis-tu. Eh bien, je crois qu’un moment de plus de réflexion t’aurait empêché d’exprimer le désir que l’amant refusé fût plus loin, ne fût-ce que pour ne pas troubler le bonheur des deux amants. Tu oubliais que pour décerner le prix de beauté entre objet mis au concours, il est de premiere nécessité qu’ils soient placé côté à côté, car il s’agit pour le juge de comparer l’un à l’autre; et l’évidence de la situation eût été ratée complétément et le sujet serait incomprénsible sans cette condition, à mon avis, indispensable de voisierage. C’est à ce même effet que j’ai cherché cette disposition en tribunal qui te déplait. Je n’osais pas songé au mot, mais j’avais pensé que mes personnages avaient dû être enchantés de trouver par hazard à se placer sur la selette devant leur juge, et que le spectateur comprendrait mieux qu’il s’agit là d’un jugement sans l’aide du livret au d’une légende. Aussi ton tribunal m’a donné l’assurance que j’avais atteint mon but. Tu me parles de Raphael et de la Madonne du Cardellino: mais tu oublie qu’avec mes 50 ans passés il est un peu tard pour que je recommence à étudier plus fructeusement mon Raphael. Seulement je tiens à t’assurer que je ne manque pas de dire un chose là à mes jeunes gens de l’école tout les matins. Comme argument de critique il est sans doute sans réplique; mais c’est aussi me mesure dont il est aisé d’assurer tout le monde. Et puis s’y-a-t-il de salut que pour ceux qui s’élèvent à ces hauteurs où Raphael Léonard et Phidias ont ébloui le monde? Que d’esprits fins et charmant dont nous chérissons les oeuvres plus modeste qui, s’ils avaient visé plus haut, eussent fait immanquablement fausse route. Et si je sais ne pouvoir compter même parmi, ceux-ci, je n’ai, hélas! Qu’une raison de plus pour me tenir en garde contre des visées et des présentations qui se brisent trop souvent sur l’écueil de l’impuissance. Mais j’ai assez grogné comme cela. Je ne relis point. Si mon ange tutelaire si cette chère moitiéé de moi-même était là, c’est elle qui en lisant ce que je viens d’ècrire, me dirait, non pas de laisser ta lettre sans réponse, ce qui serait d’un mauvais coeur, ce qui serait méconnaître ton intuition, mais d’attenuer ce qu’il y a peut-être de trop affligé dans ma réplique. Et pourtant le mieux est encore qu’il n’y ait pas de réticences dans les rapports de l’amitié, et que celui qui, à tort ou à raison, croit avoir à se plaindre de son ami n’en garde rien sur le coeur. Toute rancure s’en va du même coup. Ton Alfred va donc de mieux en mieux. Au Dieu soit loué! Ah! Ces chers enfants, que ne donnerions nous pour les voir prospères et heureux! Si convaices que nous soyons que le bonheur est un mirage insperable pour tous, nous le rêvons, nous l’espérons pour eux, trop heureux si nous pouvons nous endormir un jour en nous berçant encore en ce faible espoir. Je comprends les motifs qui t’empêcheront de te charger de mon affaire. Je me souviens que monsieur Gatteaux a souvent affaire à ce marchands qui est dans son voisinage. Je vais lui écrire pour le prier d’arranger cela pour le mieux à la première occasion. Adieu mon et sourtout sans rancore de part ni d’autre. Et mille amitié à ta femme et à ton enfant. Ton ami Luigi Mussini. Sienne 26 avril 1870

Collocazione: Copialettere, collezione privata

Bibliografia: Inedita