Scheda

Data: 10 05 1870

Mittente: Mussini Luigi

Luogo Mittente: Siena

Destinatario: Stürler Adolphe

Luogo Destinatario: s.l.

Tipo Documento: Lettera

Trascrizione: Cher bon ami, j’avais compté t’écrire bientôt suite à ma derniére lettre si écourtée, si insuffisante, mais j’avais compté sans un terrible attaque de cholerina qui m’a mis en quelques heures aux extrèmes limites de la vie, en me laissant ensuite comme [lacuna], et depuis dans un état de faiblesse qui dure encore et m’empéche de reprendre mes occupations. cholérine est un mot bien modeste pour la chose, car rien n’y manquait pas mêmes ces affreuses cramps spasmodiques aux jambes et aux bras qui sont propres du [lacuna] choléra le plus asiatiques. Bref, je reviens de bien loin pour t’écrire. J’oublierai de te dire que la cause semble être un refroidissement. J’étais allé avec notre Préfet et des Ingenieurs à Monte Oliveto Maggiore (où tu as sans doute éte voir les fresques de signorelli et de Sodoma) pour nous figurer sur les travaux à entreprendre pour préserver ce cloître de l’humidité qui l’envahit. Un vent trés froid nous surprit sur ces hauteurs et mes entrailles si susceptibles, si malade depuis longtemps en furent comme compassionné. Mais n’en parlons plus puisque mes fillettes ont encore leur papa qui leur est si nécessaire j’avais commencé avant l’événements de remuer pas mal mes paysans, tout comme s’ils étaient vivents, et me souvenant de te critiques, j’avais déjà obtenus quelques résultats, lorsque voilà bientôt 15 jours que tout chômé, passant vers midi de mon lit à mon fauteuil. Tu me demanderais si mon petit tableau de Paris serait exposé au Salon. S’il n’était pas vendu j’aurais bien dû l’exposer. Mais quand on n’a pas dans sa manche les entreprendre de succés on risque de servir au Salon de leur seminaire à ces messieurs qui ont besoin d’abîmer quelqu’un, les premier venu, pour élever sur des ruines leur petites idole du jour. Exposer est un métier de dupe à Paris, à moins qu’on n’ait l’art fort peu enviable de se créer des complaisant et des procurer. D’ailleurs le Musées du Luxembourg est bien une exposition permanente et je dois m’en contenter. S’il t’arrive jamais d’y aller, tu me diras, n’est-ce pas si ma toile est en bonne place, et si la notice est insèrer en livret. Le expositions, surtout à Paris ne sont plus, je crois, que de grands bazars de vente, où les maquignons font jouer la grosse caisse des journaux dans l’intérêt de Pierre et de Paul, et entraînent le gros public qui n’y entend rien. Quoique tu en dise, mon ami, le gros public, le bourgeois, me paraît un bien mauvais juge en fait d’art, lors même qu’il ne se laisserait influencer par personne. N’est-ce même pas pour obtenir son suffrage que tant d’artistes délaissent l’art vrai et sérieux, sous prétexte qu’aprés tout il faut avoir des acheteurs, qu’après tout il faut vivre, quoi qu’en ait pû dire certain personnage qui n’en voyait pas la nécessité. Suppose un instant un gros public, bon juge en fait d’art, insensible au cliquant, au tapage du coloris moderne, aux habilités de la patte, préférant le beau au joli, le simple au maniérè, et Giotto et Raphaël à M. M. tels et tels; ne crois-tu pas qu’au bout de fort peu d’années nous ne vissions l’art contemporain changer radicalement d’aspect, surtout dans les rangs d’une nouvellee génération de jeunes artistes? Aussi je voudrais que les écrivains, les critiques, les apôtres de verité s’appliquassent surtout à prêcher alle turbe. Convertit, éclairer le bourgeois, c’est par là qu’il faut commencer. C’est ce qu’on fait avec succés pour la musique au moyen des Concerts populaires de musique classique. Ne pourraient-on inventer quelque chose d’approchant pour la peinture et soumettre les yeux au même traitement que les oreilles? Ah! mais nous ne verrons pas cela! Pazienza! Je te quitte, la moindre application me fatigue encore. J’espère que tu auras bientôt de bonnes nouvelles à me donner de ton Alfred, de madame Stürler et de toi même. Milles amitiés. Tout à toi. Sienne 10 Mai 70

Collocazione: Copialettere, collezione privata

Bibliografia: Epistolario 1893, pp. 191-192